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Sécuriser son logement en 5 points

LE DOSSIER CAMBRIOLAGE

LES CONSEILS D'YVAN PERRIN

La serrurerie: le cambriolage d’appartement le plus typique? Le cylindre dépassant de la porte.

Facile de corriger cette aberration. Trucs et astuces. Les alarmes électroniques: l’analyse des deux grandes familles de systèmes. Notre préférence pour celui qui analyse les ondes... Les assurances: avec plus de 20 000 cambriolages par année en Romandie, les assureurs sont saturés et serrent la vis. Comment se faire rembourser. Par Philippe Clot - Mis en ligne le 17.10.2012

1 LES MESURES GRATUITES

Les premières mesures à prendre pour sécuriser son logement sont gratuites et simples. En cas d’absence prolongée, Yvan Perrin rappelle facétieusement les vertus de la discrétion à propos de ses vacances. «Même si on a pêché un poisson de taille historique aux Antilles, cette nouvelle capitale pour l’avenir de l’humanité peut attendre son retour chez soi avant d’être communiquée à la planète entière sur l’internet.» Et, de manière générale, il est conseillé d’être discret en situation publique sur tout ce qui pourrait informer et encourager une oreille malveillante à venir visiter votre logis.

Les autres mesures à prendre pendant une absence de plusieurs jours sont bien connues mais trop rarement mises en pratique: faire vider sa boîte aux lettres par un voisin auquel on aura aussi demandé de jeter un coup d’oeil de temps à autre sur l’état de la porte d’entrée et des fenêtres, par exemple. Mais même quand on se trouve chez soi, l’explosion des statistiques de cambriolages impose qu’on adopte aussi de bons réflexes, à commencer par celui de refermer tout simplement la porte à clé. Les cas de vol durant la douche ou pendant une grillade au jardin ne sont pas rares. Durant la nuit, il est également conseillé de placer porte-monnaie, ses clés et autres objets importants dans sa table de nuit et non pas sur la table du salon ou dans une veste suspendue au corridor.

Enfin, le plus sûr moyen d’éviter de se faire voler de l’argent et des objets de valeur, c’est bien sûr d’en détenir le moins possible chez soi.

2 L’ÉCLAIRAGE

Le cambrioleur chevronné privilégie la discrétion et donc le crépuscule ou la nuit pour entrer en action. Un système d’éclairage automatique extérieur peut suffire à dissuader de mauvaises intentions. Mais, pour que cette mesure soit vraiment efficace, il faudrait entourer toute la maison par de tels systèmes de détection et d’éclairage. Faut-il ensuite laisser ce système être actif durant toute la nuit, au risque de faire luire ses murs au moindre chat qui passe? Un juste milieu doit être trouvé en fonction de la situation de la maison et du voisinage pour éviter d’avoir le sentiment de vivre au milieu d’une piste d’aéroport...

A l’intérieur du logement aussi, l’éclairage peut être dissuasif en cas d’absence. Mais, pour diminuer la facture d’électricité, la ou les lumières laissées allumées devraient idéalement être produites par des ampoules fluocompactes ou, mieux encore, par des LED, ne consommant qu’entre 3 et 5 watts. Et, pour minimiser encore le gaspillage d’énergie tout en rendant plus crédible cette tactique lumineuse antivol, la ou les lampes peuvent être actionnées aux heures crépusculaires par de simples minuteries qu’on trouve pour une vingtaine de francs dans les supermarchés au rayon électricité.

3 LA SERRURERIE

Le nerf de la guerre en matière de sécurisation de son logement, c’est bien sûr la serrurerie. Il faut cependant distinguer d’emblée deux situations qui changent radicalement la problématique: le logement est-il accessible uniquement par la porte d’entrée ou a-t-il au contraire plusieurs points faibles? «Mais, dans tous les cas, prévient Yvan Perrin, je conseille vivement aux gens de s’adresser à un serrurier professionnel. Car nous ne sommes pas tous égaux devant le bricolage. Et un bricolage, même talentueux, peut donner un faux sentiment de sécurité.»

Appartement situé dans les étages et accessible – sauf talents d’acrobate hors norme – par la porte d’entrée uniquement

C’est bien sûr la situation la plus simple pour sécuriser son logement. Il suffit de renforcer la résistance de la porte d’entrée aux tentatives d’effraction.

Et cela ne demande souvent que peu de moyens pour des résultats déjà appréciables. «Le cambriolage type, explique en effet Yvan Perrin, c’est celui par arrachage du cylindre de serrure de la porte d’entrée, quand ce cylindre dépasse de la porte. Une pince ou un tournevis suffisent à un cambrioleur expérimenté pour faire sauter le verrou en moins d’une minute.» Faute de règlement interdisant cette aberrante facilitation du délit, certains propriétaires continuent aujourd’hui d’équiper les portes de ce type d’installation. Une solution bon marché permet cependant de compliquer la tâche du délinquant: une rosace. Il s’agit d’entourer le cylindre d’un petit cône d’acier fixé dans les règles de l’art à la porte. «Chez nous, la pose d’une rosace revient à 175 francs, explique le responsable de Clés-service Martin SA, à Lausanne, Luc Philipona. Mais nous conseillons aussi un deuxième verrou solide, une quarantaine de centimètres plus haut. Et cela revient alors à 275 francs. Pour une rosace sur le vieux verrou et un deuxième verrou moderne, il faut compter 400 francs.»

L’étape supérieure, quand la porte et l’encadrement sont assez costauds, c’est la barre de sécurité qui, en traversant toute la porte, assure deux points de forte résistance. Il faut alors débourser un millier de francs.

Encore plus fort, la serrure Fichet, qui multiplie les verrous sur toute la hauteur de la porte. Mais on arrive alors à environ 3000 francs.

Enfin, de plus en plus en vogue auprès des particuliers, selon Luc Philipona, la porte blindée, naguère réservée aux entreprises. Mais, là, les prix démarrent aux alentours de 6000 francs.

Appartement au rez-de-chaussée et villa individuelle

Cela se complique quand il s’agit de sécuriser un logement accessible non seulement par la porte d’entrée, mais aussi par les fenêtres, les portes-fenêtres, le garage ou encore les sauts-de-loup (ouverture au ras du sol éclairant un sous-sol et recouverte d’une grille). «Et ce cas de figure concerne aussi des logements situés aux étages et où un chéneau, par exemple, permet de grimper sur un balcon en quelques secondes», prévient Yvan Perrin. Les fenêtres dont les poignées et loquets s’ouvrent simplement en les tirant sont des bénédictions pour les cambrioleurs. Il suffit en effet de faire un trou avec une chignole dans le cadre, puis d’y glisser un fil de fer pour actionner ces poignées. «Les voleurs les plus habiles réussissent cela sans faire le moindre bruit», prévient Yvan Perrin. Il faut donc idéalement des poignées de fenêtre munies de dispositif de blocage pour contraindre le voleur à prendre le risque de devoir fracasser une vitre et donc d’alerter l’habitant ou le voisinage.

Les grilles des sauts-de-loup, très prisées des cambrioleurs, doivent aussi être renforcées par des dispositifs qui les empêchent d’être soulevées.

Reste enfin l’artillerie lourde: les bonnes vieilles grilles en fer forgé sur les fenêtres, comme en Chine. Mais la mode des maisons ressemblant à des établissements pénitentiaires n’est pas encore arrivée sous nos latitudes...

4 SYSTÈME D’ALARME D’EFFRACTION DISSUASIVE

Sauf exception, des mesures mécaniques ne suffisent jamais à sécuriser un logement à 100%. Et comme il n’est pas question non plus de tout blinder et de tout grillager, une visite malveillante par effraction reste presque toujours possible. C’est là qu’une alarme électronique fera la différence en motivant le bandit à prendre ses jambes à son cou.

Il existe deux systèmes généraux d’alarme pour les particuliers. Le plus connu, dont le principe est vieux de plus d’un demi-siècle, consiste à détecter un être vivant par sa chaleur et son déplacement. Ce système est néanmoins destiné avant tout à des entreprises censées être complètement désertées en dehors des heures de travail. S’il peut être adapté à certains types de logement et d’habitudes de leurs occupants, les risques de fausse alarme, en raison d’un animal par exemple, sont cependant souvent vérifiés. Et ce type d’alarme ne s’enclenche forcément que lorsque le cambrioleur a déjà pénétré dans le logement. Ce dernier sera alors tenté de voler quelque chose ou de commettre des dégâts malgré le hurlement de l’alarme avant de s’enfuir.

L’autre famille de systèmes, une invention anglaise plus récente, réagit aux vibrations dans l’air. Son «oreille» ultrasensible réagit à deux types d’ondes: les chocs de l’effraction sur une porte ou sur une fenêtre, suivi du changement de pression atmosphérique provoqué par cette ouverture malveillante. Cette sécurité sophistiquée a de nombreux avantages. D’abord, l’alarme s’enclenche quand le brigand est encore à l’extérieur. La fuite immédiate est alors privilégiée 19 fois sur 20. Deuxièmement, on peut conserver cette alarme active tout en vivant normalement à l’intérieur de sa maison, ce qui est presque impossible avec un détecteur de chaleur et de mouvement. Les femmes et les enfants apprécient tout particulièrement cette option sécuritaire. Et plus aucun problème avec les chats ou les chiens à l’intérieur.

Une entreprise basée à Etoy (VD), sur La Côte, Security Alarms, commercialise un tel dispositif sous l’appellation Alerte Rouge. Nous avons pu tester ce dispositif et nous avons été convaincus par sa subtile efficacité, son étonnante capacité à distinguer un geste quotidien banal, d’une tentative d’effraction. Son patron, Clive Martin, revendique 10 000 Alerte Rouge installées en Suisse en vingt- deux ans. Associé à des télécommandes et, si la disposition des pièces et des portes l’exige, à des détecteurs d’ouverture de porte, cet appareil très malin nous a paru être la meilleure et la plus simple des solutions pour un particulier. Et son prix, avec installation, reste accessible: entre 2500 et 3400 francs, selon les options (notamment celle d’un avertissement d’alarme par messages vocaux et SMS sur son smartphone).

Ensuite, il s’agira de déterminer si ces dispositifs de sécurité, tous types confondus, doivent être reliés ou non à des centrales d’alarme privées, moyennant un abonnement souvent onéreux.

Site web du dispositif Alerte Rouge: www.security-alarms.ch

5 COFFRE CHEZ SOI

Ultime rempart en cas d’objets de valeur à la maison, le coffre-fort. «Evidemment, le petit safe vendu quelques dizaines de francs par des maisons de vente par correspondance ne sert à rien, avertit Yvan Perrin. Il faut quelque chose de lourd, de costaud et de fixé de manière professionnelle au sol.» Aujourd’hui, il existe de très bons coffres à moins de 2000 francs. Et les assurances apprécient beaucoup cet effort, quand il s’agit de produits certifiés, de la part de leurs clients.

«LES CITOYENS SONT ENCORE TROP DÉSINVOLTES»

Changer ses habitudes et prendre des mesures simples

Malgré les statistiques de cambriolages, les logements helvétiques restent des cibles trop faciles pour les voleurs.

«Ce que j’ai souvent pu vérifier en direct comme policier, c’est que les citoyens sont encore beaucoup trop désinvoltes. On ne ferme pas la porte d’entrée, on ne verrouille pas son garage, on se contente d’une serrure minimaliste... En Suisse, on n’a pas encore intégré le risque important d’être cambriolé en dépit des statistiques édifiantes.»

L’ancien policier, devenu consultant pour la maison chaux-de-fonnière NSA Sécurité, société qui conseille des entreprises et des particuliers, connaît parfaitement le dossier pour avoir enquêté sur des dizaines de vols. Il prône des mesures simples: «Quitte à être un peu cynique, je dirai que sécuriser son logement, c’est un peu comme l’histoire des deux explorateurs dans la jungle qui entendent rugir un lion. Le premier sort une paire de baskets. Le second lui demande s’il pense courir plus vite que le lion avec des baskets. Non, répond le premier, je courrai simplement plus vite que toi. C’est la même chose avec les cambriolages. Quand on prend des mesures intelligentes, le cambrioleur tentera plutôt sa chance chez un voisin.»

Pas question en tout cas de jouer à Rambo en sortant un flingue de sous son oreiller et de le brandir devant le nez du visiteur délinquant: «C’est tout simplement la pire des méthodes, insiste Yvan Perrin. D’abord et surtout parce que le prix à payer pour un cambrioleur tué est vraiment très, très cher dans notre pays. Ensuite, parce que brandir une arme ne signifie pas qu’on va oser s’en servir. Or, le cambrioleur, s’il est lui aussi armé, aura moins de scrupules à utiliser le sien en premier. Et je ne parle pas du risque d’accident intrafamilial tragique que représente une arme à feu accessible dans la maison.»

Assurance ménage

GARE À LA RÉSILIATION DE CONTRAT!

Les assureurs en ont visiblement assez de leurs clients qui se font voler à plusieurs reprises. Et il est devenu plus difficile que jamais de se faire rembourser ses biens déclarés volés.

Les cas de résiliation de l’assurance ménage (qui couvre le vol) par l’assureur sont de plus en plus fréquents. Ce dernier ne veut souvent plus garder ses clients qui se font cambrioler tous les six mois. Ces malheureux, qui n’ont souvent comme tort que d’habiter dans le genre de logement le plus visé par des cambrioleurs, seront donc bien avisés de suivre les conseils d’Yvan Perrin. En effet, face à la déferlante, chacun est peu à peu prié de défendre son petit trésor avec ses propres moyens.

La facture des dégâts est souvent bien plus élevée que les vols eux-mêmes

En fait, le risque de se retrouver sans assurance ménage est surtout pénalisant par rapport aux dégâts causés par les cambrioleurs, dégâts qui peuvent atteindre des sommes de plusieurs milliers de francs quand la «visite» est particulièrement sournoise (notamment par vengeance quand il n’y avait justement rien à voler). Et, quand des biens ont été volés, il est devenu de plus en plus difficile pour l’assuré de convaincre son assurance qu’elle le rembourse rubis sur l’ongle, même quand il a pris la peine de prendre en photo ses objets de valeur. Une raison supplémentaire donc d’installer rosace, verrou et alarme...

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